Pascal Quignard

Revivre des morts avec la musique

 

Tous les matins du monde est un roman écrit par Pascal Quignard (1948-Verneuil-sur-Avre), éditions Gallimard, 1991. C’est l’histoire d’un musicien du XVIIième siècle, Jean de Saint Colombe et son rapport avec un élève, Marin Marais, qui est devenu très célèbre à la cour du roi de France Louis XIV.

Saint Colombe (1640-1700) habite à la campagne avec son épouse, ses deux filles et ses deux servantes. Au début du roman, il perd sa femme. Il se retire du monde de la cour pour se consacrer exclusivement à jouer de la viole dans une cabane construite derrière sa maison. Il devient misanthrope. Paradoxalement, afin d’imiter toute la versatilité et les inflexions de la voix humaine, il ajoute  une corde de plus à sa viole.

Saint Colombe cesse d’écrire ses compositions dans son cahier de cuir rouge et arrête tout genre de rapport avec la société parisienne, sauf avec ses deux filles, le peintre Lubin Baugin (1612-1663) et quelques élèves.

Peu de détails sont connus sur sa vie. Parmi ceux-ci, le fait que Saint Colombe a été le professeur de Marin Marais (1656-1728), qui était un compositeur très connu à l’époque, maître de musique du roi Louis XIV.

Quand Saint Colombe est seul dans sa cabane, on peut parfois l’écouter parler avec quelqu’un. Il a demandé au peintre Lubin Baugin de peindre un tableau qui remémore le lieu où sa femme défunte vient à lui l’écouter jouer de la viole.

Marin Marais a été son élève pendant plusieurs années. Mais quand Marin Marais a joué pour le roi la première fois, selon la fiction de Quignard, ceci a indigné Saint Colombe. Il pensait que son élève avait trahi son idéal de l’art. « Vous faites de la musique, Monsieur, vous n’êtes pas musicien. » Saint Colombe a cessé de lui donner des classes.

Madeleine, sa fille, est tombée amoureuse de Marin Marais. En cachette, elle lui enseignait les techniques et trucs de son père sur l’instrument. Jusqu’un jour où Saint Colombe s’est rendu compte que quelqu’un l’écoutait dehors de sa cabane. Il est sorti, et les a trouvés en l’écoutant joué. Avant que Saint Colombe se batte, Madeleine lui a confessé qu’elle était amoureuse de lui. Saint Colombe l’a considéré comme beau-fils, mais Marin Marais n’a pas été à la hauteur.

Il y avait un ménage à trois entre Marin Marais, Madeleine et Toinette, les deux filles de Saint Colombe, que ne finira pas bien. Dans le livre il est décrit de manière très subtile en comparaison de la version en film. En 1991, Alain Corceau a mené à l’écran le roman de Pascal Quignard avec Gerard Depardieu comme Marin Marais et Jean-Pierre Marielle comme Saint-Colombe.

Au cœur du récit se pose la question, d’une part, quel est la raison de l’art, et de l’autre part, quel est le dernier but de l’artiste. Finalement, Saint Colombe veut revivre les morts avec sa musique.

« La musique est simplement là pour parler de ce dont la parole ne peut parler. En ce sens elle n’est pas tout á fait humaine. Alors vous avez découvert qu’elle n’est pas pour le roi ? » Dit Saint Colombe à son élève.

Il faut s’imaginer que jadis il n’y avait par de smartphone, ni TV, ni photographie, et la conscience de la sacralité de la vie et du monde était en vigueur, pour comprendre l’empreinte que laisse la musique et croire à la présence de l’âme des morts.

L’économie verbale de Quignard est étonnant, dans moins de 150 pages il a réussi à raconter deux histoires d’amour et le rapport passionné entre Saint-Colombe et la musique. Le titre prend le nom d’une de plus belle phrase trouvé dans cette superbe roman: « Tous les matins du monde son sans retour. »

 

 

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